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Frédérique Deghelt - Photo de Francesca MantovaniJournal 21 - 7 février 2011

Frédérique Deghelt : "Le Brésil: un pays contagieux"

 

Interview d'Annick Stevenson

 

 

Tandis que le premier roman de Frédérique Deghelt, "La vie d'une autre", est en cours d'adaptation cinématographie en France par l'actrice Sylvie Testud, avec Juliette Binoche et Mathieu Kassovitz comme personnages principaux, l'écrivaine publie un nouveau roman : "La nonne et le brigand" (Actes Sud, 22,80 euros).

Situé à cheval entre deux siècles, les années 50 et aujourd'hui, deux pays, la France et Brésil, et deux histoires d'amour atypiques (entre une religieuse et un aventurier, et une femme mariée et un reporter de guerre), il mêle remarquablement les émotions - peur, sensualité, violence, tendresse, doutes, passion, regrets. Tout en bravant tous les interdits, il offre belle leçon d'humanité et de tolérance, et un très touchant regard sur les autres.

Annick Stevenson: Etes-vous curieuse de savoir ce que Sylvie Testud va faire de votre livre, et allez-vous participer à l'écriture du scénario?

Frédérique Deghelt: Non, surtout pas ! Car je suis trop cinéphile. Cela m'agace d'entendre que l'on se déclare déçu de ne pas avoir retrouvé un livre dans le film qui s'en est inspiré. La littérature et le cinéma ont chacun leurs propres outils et formes, c'est une tout autre alchimie. Mais bien sûr, je suis curieuse de voir comment elle va transformer le roman en œuvre cinématographique. Ce sera le premier film réalisé par Sylvie Testud, et on sait comme elle est exigeante vis-à-vis d'elle-même, dans tout ce qu'elle fait. Je la vois un peu comme une sage-femme qui va faire naître un film de mon roman, et je trouve cela captivant.

Votre dernier roman est déjà un fort succès en librairie. Comment réagissent vos lecteurs, et quelles leçons tirez-vous de cette autre expérience?

On apprend toujours beaucoup des rencontres avec les lecteurs, qui offrent un autre regard sur ce qu'on écrit que celui que l'on peut avoir soi-même. Je trouve toujours cela formidable, presque incroyable, que des gens se déplacent, parfois sur une longue distance, juste pour rencontrer un auteur, parce qu'ils ont aimé un livre et veulent l'interroger sur ce qu'il a écrit, et vécu. Lorsqu'ils me demandent quelle est la part de vérité dans la fiction, je leur réponds: "Mais il n'y a rien, il n'y a pas d'histoire, c'est juste un livre !". Dès la parution de ce dernier roman, j'ai des retours assez forts. Les lectrices me confirment comprendre et éprouver ce quelque chose qui se passe avec le cœur amoureux des femmes. Mais les hommes s'identifient aussi à Angel, ce macho-salaud-tendre- amoureux-maladroit qui est l'un de mes personnages principaux, et ils osent le dire. Cela m'a confirmé que les livres se lisent parfois comme ils s'écrivent. Pour moi aussi, le fait de l'écrire m'a fait vivre une sorte de passion, comme celle de mes personnages. Après 22 mois d'écriture et de relecture, j'étais vidée ! Et j'ai conclu de ce livre que, finalement, une femme amoureuse fait n'importe quoi, et qu'un homme amoureux fait ce qu'il peut. Et aussi qu'un roman d'amour s'écrit seul et se lit seul, c'est un comble de solitude.

Une partie de l'intrigue se déroule au Brésil. Que représente ce pays pour vous?

Il est très important pour moi. Il est à la fois une démesure, une folie, et une très grande humanité. C'est un pays contagieux. Après avoir écrit le livre, je me suis dit que l'intérieur du cœur de mes héroïnes, c'était un peu comme la forêt amazonienne, elle ne s'en sortiront pas ! C'est aussi au Brésil que j'ai écrit, d'un seul jet, le journal de la nonne, qu'elle rédige tout au long de sa longue et périlleuse expédition à travers l'Amazonie pour rejoindre les autres religieuses qui l'attendent. Un journal que j'ai ensuite intégré à l'histoire contemporaine de mes autres personnages. Je devais le faire là-bas, pour avoir ce même regard sur les autres, les indigènes, les habitants des régions traversées, qu'elle exprime dans ses notes. Et après avoir terminé ce journal fictif, de retour en France, il m'a été donné de parcourir de "vrais" journaux écrits par les religieuses à cette époque. J'ai alors été sidérée de constater les similitudes, dans le ton, le langage, l'ingénuité, la manière de s'adresser à Dieu, cette forme d'espérance naïve qu'elles portent en elles. Mais évidemment, elles n'ont pas eu, comme mon héroïne, d'histoire d'amour avec un homme!

Sur quoi travaillez-vous maintenant?

Je viens de terminer un très court roman pour adolescents : comment une jeune fille imagine sa première nuit d'amour. Et je prépare un autre roman pour ados, plus long.

Est-ce très différent d'écrire pour des ados?

Pas du tout en réalité. Comme m'a dit Hubert Nyssen (fondateur des Editions Actes Sud), "un roman pour ados c'est un roman pour adultes, mais mieux écrit". Je pense qu'il a raison. Il y a dans les romans une sorte de clef émotionnelle qui permet de rentrer dans le cœur des autres, à n'importe quel âge.

Comme dans celui de la vieille dame de votre second roman "La grand-mère de Jade", dans lequel vous révélez la jeune femme passionnée, drôle, volontaire, sous les traits de la personne âgée d'apparence douce et docile.

Exactement. Il n'y a pas d'âge pour l'émotionnel. Les émotions restent au fond de soi, pour toujours, et il faut de si peu parfois pour les laisser C'est ce qui me fascine avec les personnes âgées, tout ce qu'elles portent en elle, que ceux qui les entourent connaissent, ou comprennent, si mal.


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