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Tournage de La vie d'une autre

 

 

 

La vie d'une autre: Making of

                

 

 


La vie d'une autre: Making of

                                            
                                            

 
C’est ma semaine de cinéma. Je suis à Cannes, je vois des films. Rien n’est aussi beau au Festival du film que cet instant où se fait la montée virtuelle de cet escalier rouge sur l’écran. Ces instants qui précèdent parfois une heure ou deux d’un chef d’oeuvre en images et sons. Les paillettes, les créatures et la superficialité des à-côtés du Festival n’existent plus. Je les oublie dès que je suis dans le noir face à l’écran. C’est une magie, un sentiment très pur d’enfant qui est au spectable que l’on ressent à ce moment-là. Je suis sortie sur un nuage du film The artist… Muet et en noir et blanc ! Le vieux cinéma remis au goût du jour a de l’avenir. En prenant le train pour rentrer à Paris, je relis le scénario de La vie d’une autre, mon roman adapté par Sylvie Testud. La première fois que je l’ai lu, je découvrais les changements de l’histoire, je suivais la logique du film, je prenais la mesure des acteurs. Je n’arrivais pas à voir Marie avec le visage de Juliette Binoche. En lisant le scénario, c’était Sylvie que je voyais, sa voix que j’entendais. Cette fois je rentre vraiment dans les scènes. J’imagine les décors, je souris à ce qui vient de son imagination. Mon roman devient son film, et c’est bien ainsi. Il me tarde d’être à demain, être une petite souris sur le tournage. Il me tarde de voir enfin les scènes “en chair et en os”.
J’ai reçu la feuille de route du tournage de demain. Les différents lieux des différentes scènes tournées dans la rue, les extraits du scénario concerné. Quand je travaillais comme journaliste pour “Comme au cinéma”, j’allais souvent sur les tournages pour faire des reportages. Cette fois, je n’aurai pas de caméra et serai simple observatrice.
Quand j’arrive au jardin du Luxembourg, je repère immédiatement la petite zone délimitée autour du bassin; caméra, combos, caisses une vingtaine de personnes. Sylvie Testud est là avec un chapeau de paille et converse avec Juliette à propos du plan suivant. La coincidence est troublante. Cette scène-là existe dans le livre. Marie essaye de comprendre où elle en est de sa vie en lisant son courrier, ses relevés de banque et autres paperasses sensés la renseigner sur l’actualité de son existence. Dans le roman, la scène ne se déroule pas dans un parc ou à l’extérieur mais dans l’appartement de Marie. Or cette scène, je ne l’ai pas seulement écrite, je l’ai aussi vécue. En rentrant de l’école où je venais de déposer mes enfants, j’ai essayé de chercher dans mes papiers pour savoir ce que l’on peut y découvrir pour peu qu’on veuille imaginer qu’ils nous sont étrangers. J’ai eu besoin pour que ce soit vraisemblable de prendre des exemples concrets. C’est donc très émouvant de voir une autre incarner cette scène vécue, puis écrite. Je passe la journée sur le tournage. “Tu ne vas pas assister au tournage sans rien faire”, me glisse Sylvie en riant à un moment de l’après-midi.
Me voilà donc embarquée au bras d’un jeune homme pour être figurante et passer sur le trottoir en croisant Juliette. Si j’ai aimé son scénario, je découvre maintenant Sylvie Testud dans son rôle de réalisatrice. Elle voit tout, surveille tout. On dirait qu’elle a toujours fait des films de ce côté-là de la caméra. Elle sait ce qu’elle veut, elle est prête à courir dire aux passants qu’ils sont dans le champ et qu’ils doivent se mettre ailleurs si son intervention permet que ce soit plus rapide et plus efficace. Simple, accessible, nature, drôle, voilà une femme qui ne se prend pas au sérieux mais prend très au sérieux ce qu’elle est en train de faire.

Je le sais pour l’avoir déjà vécu, on sait tout de suite sur un tournage quand un réalisateur a des difficultés avec son équipe technique, quand il n’est pas respecté ou quand il soumet les autres à des pressions désagréables. Ici, rien de tout ça. Sylvie Testud mène son tournage, règle les problèmes de lumière avec son directeur photo et se concentre sur le jeu des acteurs.
Juliette Binoche court sous les arbres en petite robe à fleurs. Paris est magnifique, il y a des reflets d’or sur les feuilles très vertes. Coupez dit Sylvie, c’est super on dirait du Rohmer ajoute-t-elle en riant. Mais on sent qu’elle ne cesse jamais de mettre une distance amusée entre ce qu’elle fait et le talent que ça exige. La prétention ce n’est pas son truc.
Je suis contente d’être là et suis traversée par des dizaines de pensées. Je ressens l’urgence que j’ai éprouvé en écrivant ce livre, les moments où j’avais mal au poignet alors que j’avais écrit vingt-cinq pages dans la journée. Je revois les scènes difficiles qui me faisaient pleurer. Je repense au moment où j’attendais des réponses des éditeurs. Je me souviens de l’avoir collé au fond d’un tiroir avec rage, ce manuscrit dont personne ne voulait. Et je repense avec émotion à notre conversation par courriel avec Hubert Nyssen, quatre ans plus tard. Je connais encore par coeur sa réponse après avoir lu les trente première pages du roman:

Avant toute chose, vite, au secours, par pitié... Envoyez-moi la suite de La vie d’une autre ! J'en ai dévoré les premières pages, c’est drôle en même temps que c’est émouvant et singulier, l’écriture sert le récit comme une rivière suit le relief et contourne les obstacles. Je suis dans la curiosité, l’angoisse et le plaisir. Si le reste est à l’avenant je vous accueillerai avec bonheur dans ma collection “un endroit où aller”

Tout me revient avec force et fracas et maintenant que je suis là entre l’actrice et la réalisatrice du film de mon roman, j’ai l’impression d’être dans la vie d’une autre.

Le film de La vie d’une autre sortira le 8 février 2012



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